Salon du livre

Éditorial 2018 et thématiques de l’année

« incarner un autre que soi le temps d’une histoire et se souvenir à jamais de cette empathie ressentie. Pour ne pas faire « semblant de vivre  .”

Serions-nous devenus des hommes et des femmes sous perfusion constante de « nouvelles », d’ « informations », des gens qui marchent têtes baissées sur des écrans allumés et sur ces écrans-là, défilent une litanie de malheurs, de chagrins et d’histoires dessinés grossièrement pour ne former qu’un fatras à nos yeux. Où regarder ? Quand s’émouvoir ? Parfois, je le crains, l’anesthésie au monde n’est pas loin. Le repli sur soi, le confort de quelques idées bien ancrées, la consolation immédiate et fugace de posséder, de consommer.

Oh, ce serait tellement mieux si le mois de mai était le mois de l’être et non de l’avoir. Le mois où il serait enfin temps de lire, de regarder sans ciller la colère dans les yeux d’un personnage, de l’horizon repoussé dans les lignes d’un roman. Tenir un livre au lieu d’un téléphone, se laisser emporter dans une culture différente de celle qui nous berce, incarner un autre que soi le temps d’une histoire et se souvenir à jamais de cette empathie ressentie. Pour ne pas faire « semblant de vivre » comme écrivait Jean Amila-Meckert dans L’homme au marteau. C’est possible tout ça et dès aujourd’hui, au 17e Salon du livre de l’expression populaire et de la critique sociale.

Natacha Appanah (Lauréate du prix Amila-Meckert 2017)

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UNE THÉMATIQUE PRINCIPALE
EXPLOITER LE VIVANT – ANIMAL, VÉGÉTAL, HUMAIN

En 2018, nous interrogeons l’exploitation du vivant, une thématique qui a de forts échos dans la rentrée littéraire, et qui implique autant l’animal, le végétal que l’humain car les trois sont à penser ensemble.

Le verbe « exploiter » est riche. Dans un premier sens, on peut l’entendre comme se servir de quelque chose ou de quelqu’un dans le but d’en tirer un profit maximum. Produire, détruire et consommer sont directement corrélés à cette conception de l’exploitation analysée de façon critique. On pourrait s’arrêter là, et partager les Idées noires de Franquin que nous exposons à la médiathèque de Courrières en juillet.

On pourrait aussi s’arrêter à la seconde signification du terme exploitation : capacité à tirer parti de quelque chose, sans forcément l’altérer, voire en l’enrichissant. Ce qui implique de penser et de vivre autrement.

Dans un contexte où chacun cherche un sens à ses actes et des raisons d’espérer, il est nécessaire de se demander si notre rapport au monde est en adéquation avec notre manière de le pratiquer, et s’il n’y a pas des façons différentes de bâtir ensembles d’autres avenirs possibles.

PRODUIRE

Les rapports d’exploitation sont directement liés aux conditions de production. En son temps, Karl Marx avait analysé à quel point le capital épuisait le travailleur autant que la terre. Entre agricultures intensives et engrais-tueurs en série, entre ferme des mille vaches, call centers et chaînes de production déshumanisées,comment produit-on, et dans quelle condition travaille-t-on ? Ces sujets sont capitaux dans les textes d’Eric Louis, dans les dessins d’Olivier Josso Hamel, ou les livres de Didier Harpagès. Ils sont aussi au cœur de la collection Sociorama portée par Lisa Mandel chez Casterman. Suivre le parcours des tomates comme Jean-Baptiste Malet, ou des minerais rares analysés par Guillaume Pitron donnent à lire autrement nos sociétés contemporaines.

Les rendez-vous liés au sujet : exposition des dessins d’Olivier Josso à l’Oeil du Chas (Arras, rue des petits Véziers) du 23 au 30 avril,  cabaret de l’Union sur les mutations du travail dans le monde du livre avec l’association Travail et Culture le 20 avril à l’imprimerie Impression Direct (Tourcoing), rencontre avec Eric Louis et Didier Harpagès à la librairie Meura (Lille) le 28 avril à 19h,rencontre et lecture à la ferme bio de Dainville le 29 avril de 14h à 19h, et le 1er mai, débat sur les fermes en firmes, le monde du travail, les dessous du numérique.

DETRUIRE

Corrélation contemporaine : production, destruction. La question des espèces menacées, des espaces désertés, des ressources épuisées sera donc également abordée, notamment avec Virginie Maris, philosophe de l’environnement. Dans le rapport au déchet, nous construisons aussi un étrange rapport au monde où il n’est plus question de réemploie mais d’oubli. Jusqu’en Afrique, où Guillaume Poix a trouvé le sujet de son roman, dans les poubelles du numérique. Patricia Osganian place son roman noir au milieu des ordures à Paris. L’essai coécrit par Gaspard d’Allens revient sur la question des déchets nucléaires, en lien avec l’association Bure-Stop.

Les rendez-vous liés au sujet : projection du film L’île aux fleurs à domicile à Liévin le 27 avril (sur inscription) ; journée et soirée autour de Bure à la Brasserie de Foncquevillers, 29 avril ; et le 1er débats sur l’épuisement des sols et de la terre, les dessous du numérique et Bure

CONSOMMER

La question de la consommation cette année sera particulièrement abordée sur l’angle de l’alimentation. Le livre pour enfants Gros Tonny à tout prix de Benoît Préteseille est un exemple parlant. Comment mange-t-on ? Comment et où achète-t-on ? Peut-on imaginer autrement notre rapport au vivant ? Les ressources maritimes s’épuisent à tel point que l’océan est devenu le miroir de nos délires consuméristes : eau vide de poissons, îles de déchets… Sur terre, l’animal est rendu à l’état de machine autant que l’humain qui s’en occupe, comme dans les romans d’Errol Henrot ou Timothée Demeillers qui se déroulent dans les abattoirs industriels. Dans cette folie consumériste, il est urgent de repenser aussi le rapport aux animaux et à notre environnement.

Les rendez-vous liés au sujet : rencontre avec Catherine Poulain le 28 avril à la librairie de Boulogne-sur-Mer et le 29 avril au SIRA d’Arleux ; le 1er mai, des débats sur le miroir de l’océan, l’homme, l’animal et la mort et d’autres voir également la liste des associations

LA QUESTION AGRICOLE /

QUELLE CAMPAGNE POUR DEMAIN ?

Lorsque l’on parle d’agriculture, on évoque l’exploitation autant du végétal, de l’animal que de l’humain. Que ce soit l’avenir des ressources maritimes qui peuvent se questionner, ou que ce soit les constats alarmant d’auteurs comme Aude Vidal ou Guillaume Trouillard sur l’avenir des campagnes, la question doit être posée. D’autant que des alternatives et des initiatives se développent. Les nouvelles industrialisations des campagnes, avec leur volonté de combiner production de vivant et d’électricité adossées à des fermes géantes qui bénéficient de crédits « développement durable », reposent la question de l’évolution de la ferme à la firme. Des associations se battent pour défendre d’autres manières de vivre l’agriculture, à l’instar des associations Novissen, Decicamp et Aives nouvellement invitées sur le Salon.

Les rendez-vous liés au sujet : débat à Arras, Hôtel de Guînes, le 28 avril sur l’avenir des campagnes ; le 1er mai, débat l’épuisement des sols et de la terre, sur l’épuisement des ressources et les alternatives, et sur l’homme, l’animal et la mort

 

VIVRE AUTREMENT

Au milieu de ces constats alarmants, des voix s’élèvent pour imaginer le monde autrement. Le roman d’Arno Bertina est une fiction où, à partir du moment où les travailleurs de l’abattoir dont il est question s’arrêtent et se mettent à parler ensemble, un avenir différent se construit.

Des penseurs se sont interrogés sur les alternatives. Les lieux de lutte contre les fermes-suines sont également des endroits où, à partir d’un sujet commun de débats, d’autres manières de vivre ensemble s’expérimentent. Des alternatives à imaginer tant sur le plan agricole, qu’économique, et social. Sur le plan politique, Gérard Bras requestionne la notion de peuple. Corinne Pelluchon offre une réflexion globale dans L’Éthique de la considération qui prend en compte autant l’humain, l’animal, le corps, l’émotion que la littérature.

Les rendez-vous liés au sujet : débat l’après-midi du 28 avril sur l’avenir des campagnes, Hôtel de Guînes (14h-18h) ; découvrir le livre autrement : à la boulangerie,la ferme, le camping… voir le programme du 29 avril ; conférence de Corinne Pelluchon le 30 avril au Théâtre d’Arras ; et le 1er mai, débat sur le travail, la notion de peuple et bien d’autres

Congrès de l’Union des femmes françaises (UFF). S.l., s.d.

LES ZAD /

DES ZONES DE COMBAT, DES LABORATOIRES POUR EXPERIMENTER D’AUTRES FACONS DE VIVRE ENSEMBLE

En complément de cette programmation il semblait important de s’arrêter sur le phénomène des ZAD, les Zones A Défendre. Ce néologisme militant est né sur le site du projet abandonné d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, détournant la zone d’aménagement différé créée en 1974 en espace nouveau de lutte. Depuis, les ZAD sont devenues les acronymes de combats contre des projets d’aménagement : barrage de Sivens (dans le Tarn) où Rémi Fraisse trouva la mort, projet de Center parc dans la forêt de Cambaran (Isère), mais aussi Roybon, Bouillons…

Au-delà des combats locaux, les ZAD sont aussi des zones de luttes contre la mondialisation libérale, autant que des zones de construction d’une autre façon de vivre ensemble. Des terrains d’expérimentation d’autres réels comme le montre l’essai co-écrit par Gaspard d’Allens ou ceux de Grégoire Souchay, autant que des territoires de fiction comme pour Jean-Bernard Pouy, ou Jérôme Leroy.

Les rendez-vous liés au sujet : rencontre avec Gaspard d’Allens le 18 avril à 20h chez Quilombo (Paris 11e) ; journée et soirée autour de Bure à la Brasserie de Foncquevillers, 29 avril ; projection de Tous au Larzac en présence de Christian Rouaud le 30 avril (16h) ; et le 1er mai les ZAD dans le roman noir, Bure et le piège atomique notamment