Édito et thèmes de l’année

En 2022, nous explorerons le thème du Vide.

— visuel (c) Affiche du Salon du livre 2022 par Géraldine Alibeu —

Pour cette nouvelle édition du Salon du livre, nous questionnerons Le Vide, et ce n’est pas rien.
À travers le vide nous nous interrogeons autant sur l’absence que ce qui vient l’assouvir.
Qu’il soit constaté, subi, recherché, rempli, produit, le vide apparait dans de nombreux aspects de notre quotidien.

« c’est à la fois tout un monde et tout une histoire »
Ce qui est sans être tout à fait, essai sur le vide,
Etienne Klein, Actes Sud 2019

Nous aborderons le Vide à travers des questions sociétales, territoriales, culturelles, juridiques, philosophiques, psychologiques, économiques…

Parmi les multiples sujets au programme de ce 1er mai 2022: la question des zones blanches, celle du travail précaire, de la place des femmes dans l’Histoire, de la justice, des bidonvilles, de la perte, de la maladie, des réseaux sociaux, des zombies…

Du vide de l’ordre de l’intime à celui qui traverse l’organisation de nos sociétés, ce sont autant de sujets que nous vous inviterons à explorer, lire, découvrir, écouter, débattre, chanter, dessiner…

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L’édito du Salon, par Stéphane Servant 

Nous venons au monde dans un cri.
Une affirmation première et primitive de notre existence : ici et maintenant, je suis !
Et c’est du bout de la langue, par les mots, que nous saisissons peu à peu les contours de ce monde dans son altérité.
Les mots sont une seconde peau. Une surface sensible où s’imprime le visible et l’invisible, l’autre, et où nous nous racontons à lui.
Parce que nous sommes des êtres d’histoires, des mammifères du récit.
Nos batailles, nos rêves, nos défaites comme nos victoires, nos colères comme nos amours, toutes vont sur douze pieds, en prose, en rimes, du bout des lèvres, au fil des « il était une fois » cent fois recommencés, dans un murmure, dans un chant, entre deux couvertures de papier, de l’écorce des arbres confidents à l’éclair de peinture qui réveille les murs des villes endormies, de la berceuse à l’épitaphe, nous ne sommes qu’histoires patiemment tressées.
Sans histoires, nous voilà ligotés à l’obscurité, à la solitude, à la servitude, à l’impuissance et à l’oubli.
Les petits maîtres qui se rêvent empereurs l’ont bien compris.
Amputer la langue, la cadenasser, la faire marcher au pas cadencé de la vertu ou de l’argent, la couturer en 280 signes, en slogans, en formulaires, en injonctions martiales télévisées, c’est nous priver de la possibilité de nommer et d’être, à soi et aux autres, au passé et au présent, et c’est nous ôter le pouvoir d’inventer de nouvelles histoires, de faire émerger d’autres récits et de possibles lendemains.
C’est pourquoi, sur les places, dans les rues, dans les livres, il nous faut batailler aujourd’hui pour une langue vivante, vibrante, insolente, joyeuse, offensive, radicale, poétique qui, plus que jamais, nous libère et relie.

Stéphane Servant