Édito et thèmes de l’année

En 2021, nous explorons la thématique des « mondes sauvages ». Quelques éléments pour expliquer les raisons du sujet – et un lien pour découvrir tout l’univers que nous avons créé sur le sujet : http://www.nos-mondes-sauvages.com

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Nos mondes sauvages

— visuel (c) DR —

Nous avons voulu interroger cette notion de sauvagerie et son actualité.

Politique et sociale d’abord, quand un ministre en 1998 puis un autre en 2020 utilisent les mots « sauvageons » ou « ensauvagements » pour stigmatiser des formes de contestation, ou que l’actualité nous interroge sur la possible sauvagerie de certaine répression policière.

La question de la sauvagerie se pose aussi dans le monde du travail où le travailleur se trouve pris en étau entre plans sociaux géants et mouvement d’uberisation généralisé.

La question devient psychanalytique quand on s’intéresse à cette aspiration d’une partie de la société à se retirer en forêt (sauvage vient du mot latin silva, forêt) pour retrouver son être profond, son être sauvage.

La forêt, justement, peut aussi accueillir des tentatives d’utopies réalisées, une utopie résumée en trois lettres – ZAD (zone à défendre) – qui sonnent comme un défi à l’ordre établi.

Reste encore ces réponses individuelles et indomptées des bandits et des pirates, ce qu’ils incarnent de rêves et réveillent de liberté.

Autant dire que la notion est riche, diverse, et très travaillée par la littérature. Quelqu’en soit le genre, la couleur ou la forme, elle se fait l’écho de nos mondes sauvages.

De nos colères du présent.

 

EDITO PAR Elisa VIX ,prix Amila-Meckert 2020

Libres colères

Bien sûr, nous savions que nous n’étions pas égaux.

Certains s’en accommodaient, d’autres non. Mais au moins, nous étions libres.

Certes, on scrutait nos data, celles que nous dispensions sur la toile ; nous n’avions rien à cacher.

C’est vrai, ils avaient gazé les gilets jaunes, utilisé des armes de guerre contre des jeunes filles, des pères de famille ; nous nous tenions loin des lacrymos.

Et puis, un virus est arrivé. Il était assez méchant. Les chaines d’info ont distillé en continu la peur et la culpabilité dans nos veines. Il fallait renoncer à circuler librement. C’était pour notre bien. C’était pour sauver des vies. Nous étions d’accord, même si nous nous demandions parfois s’il n’y avait pas d’autres moyens de combattre une épidémie.

Ça a duré. L’impensable s’est produit. Le couvre-feu. Les lieux de joie, de rire, de culture et d’apprentissage interdits pendant des mois. On a envoyé les CRS déloger les familles qui piqueniquaient. Matraquer la jeunesse qui dansait. Verbaliser les libraires pour quelques centimètres d’étals en trop.

A ceux qui protestaient #dictaturesanitaire, on a conseillé d’aller faire un tour en Chine ou en Iran, histoire d’apprendre ce que c’était vraiment, un état totalitaire…

Une vieille dame rouillée qui vient de New-York erre comme une SDF sur les routes de France, dans les rues de Paris ou d’Arras.

Cabossée, trouée, la couronne de travers, elle pleure.

Elle ne reconnaît rien. Fatiguée, elle s’assoit.

Les plis de sa robe vert-de-gris sont tous chiffonnés.

Elle attend.

Que des femmes et des hommes en colère brandissent son flambeau.

 

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