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Les thèmes de l’année

 LA VILLE,  TERRITOIRE D’UTOPIE 

Selon Thomas More, l’utopie est le lieu « qui n’est nulle part ». Depuis l’édition de son livre en 1516, ce lieu a pourtant connu un succès non démenti jusqu’à notre époque – Michèle Riot-Sarcey et Jean-Louis La ville viennent de publier Le Réveil de l’utopie (éd. de l’Atelier). C’est dire si le concept traverse nos modes de pensée. Poser la question des utopies met en perspective nos projections pour l’avenir autant que nos actions du moment.

La ville est le lieu où s’imaginent de nouveaux rapports au monde. Les utopies de villes se déclinent ainsi en rêves d’urbanistes ou en quartiers sécurisés truffés de caméras de surveillance. Ce sont aussi les théâtres des alternatives politiques, des contestations, des révolutions… – tout comme du mouvement des gilets jaunes. Formidable creuset artistique et culturel, la ville est un support efficace d’imaginaire. Mettre la ville en perspective c’est réinterroger nos modes de vie : circuits de l’alimentation, systèmes de santé, d’énergie, de transport, société de consommation, crise climatique…

C’est dire si notre thématique est au croisement de toutes les questions du moment.

C’est dire si la ville est territoire d’utopies, d’expressions populaires et de critiques sociales.

Beyrouth (Liban)

Icône du Moyen-Orient, région d’origine des sociétés urbaines et de l’écriture, Beyrouth est aujourd’hui un symbole du « choc des utopies », entre ceux qui « profitent des catastrophes (…) pour imposer une fuite en avant dans la logique du système », et « ceux qui mise sur le sursaut des victimes pour rompre avec le système » (Serge Latouche, Cornelius Castoriadis et l’autonomie radicale Le Passager Clandestin, 2020). Actuellement, les revendications pour un autre monde possible mettent près du quart de la population dans la rue et transcendent les communautés qui divisent traditionnellement le pays.

Valencia (Espagne)

Valencia est un exemple européen des tentatives de fonctionnement municipaliste. Considérée comme « ville rebelle », Valencia expérimente depuis 2015 un fonctionnement autour de pactes qui lient responsables politiques et habitants. Valencia est également l’un des endroits où le débat sur l’usage de l’espace public est particulièrement vif. Entre enjeux politiques et intérêts privés, on y retrouve des acteurs culturels engagés tels Intramurs qui permettent à tous de (re)prendre l’espace public comme espace de citoyenneté.

Arras (France)

Arras dispose d’une forte personnalité visuelle. Ville historique, ville touristique, ses façades et son beffroi en font une icone. Mais que cache cette icone ? Qu’est-ce que le visible masque de l’invisible ? Par un parcours par l’image, nous avons décliné ces questions en les liant à la nuit, aux peurs, aux rêves et espoirs qui s’y mêlent (voir p.11). Entre débats, parcours, ateliers, expositions de photographies monumentales et minitures imprimées dans l’argile, les formes sont multiples, au centre-ville comme dans ses quartiers périphériques.

 Un féminin  pluriel 

Affaires Weinstein, Matzneff, Polanski, #BalanceTonPorc, #MeToo… le mouvement de libération des paroles des femmes prend une dimension inédite. Les combats sont encore nombreux, et certaines luttes semblent se ramener aux cas individuels et non aux raisons systémiques d’une société pourtant encore largement patriarcale, machiste et hétéronormée.

Plutôt que de se positionner sur ces débats déjà bien campés, Colères du présent a souhaité réinterroger ce que veut dire être femme aujourd’hui, à travers de nombreux parcours de vie et des sujets qui mêlent intimité et politique – rendre compte des diversités pour interroger plus globalement les structures sociales dans lesquelles elles sont imbriguées.

 Le travail : défense, combat, création

Réforme des retraites, plan de sauvergarde de l’emploi, restructuration de l’entreprise, dynamisation des équipes, mal-être au travail… Les expressions sont nombreuses pour parler des atteintes aux droits du travail, ou individualiser un problème beaucoup plus global. Entre défense, combat et création, cette thématique sera abordée de multiples manières ; normal, lorsqu’on se retrouve tous ensemble autour du 1er mai, jour des travailleurs. D’ailleurs, puisqu’on en parle, le cortège du 1er partira de la place de la gare et se terminera sur la place du village du livre.

Crédits des images : couv : DR — Beyrouth et Valencia : François ANNYCKE (DR) — Dessin de David Snug tiré de Dépôt de bilan de compétence (Nada) —