Piero Macola, Les Nuisibles (Futuropolis, 2019)

Qui sont les nuisibles ? Les rats ? …Les moustiques ?…Les migrants ?…Les méchants ?…
Comment le narrateur se considère-il lui-même ?

Le fil conducteur c’est peut-être la photographie et d’abord le photographe : tout dépend en fin de compte de celui qui prend le cliché, du point de vue qu’il adopte , du cadre dont il enserrera l’épreuve.

Récit énigmatique, esthétiquement réussi.

Hélène Flament

Alexandre Labruffe, Chroniques d’une station service (Editions Verticales, 2019) – Sélection Monde d’Après 2020

La vie ordinaire d’un pompiste admirateur de Jean Baudrillard , philosophe de la société de consommation. Il est aux premières loges pour observer le flux extravagant de ses semblables sur lequel vogue l’aventure de sa propre vie , de sa vie sentimentale entre autres. Il brosse des scènes minimalistes où le dérisoire, l’attendrissant, le grotesque et le tragique se succèdent. La dernière partie illustre de façon jubilatoire le doute inhérent à l’être humain.

Hélène Flament

Retrouvez ici Chroniques Barrées de la fin du monde, la contribution de Alexandre Labruffe, Olivier Hazemann et Xavier Courteix au Monde d’Après de Colères du Présent.

Cloé Wary, La Saison des roses (Editions FLBLD, 2019)

On entre dans le quotidien d’un club de foot féminin. Le regard empreint de féminisme et de féminité, analyse avec beaucoup de finesse les rapports hommes-femmes, dans ce milieu traditionnellement machiste.
Le récit est très tonique, dans le dessin, les couleurs, et aussi dans le rythme de la mise en page en particulier grâce à la variété des plans et à l’ usage judicieux des prises de vues (plongées , contre plongées, profondeur de champ). L’économie de phylactères laisse une large place au mouvement et à l’évocation graphique des sentiments.

Hélène Flament

Gharbi Aymen, Magma Tunis (Éditions de l’Asphalte. 2018)

Ghaylène, jeune Tunisien urbaniste et intellectuel, n’en peut plus de sa vie. Face à ses difficultés professionnelles et amoureuses, sous l’emprise de la drogue, il veut mourir.

Il part sillonner les rues de Tunis avec cette envie d’en finir mais des événements bizarres se multiplient : apparition massive de chats, mouvements de foule, présence très belliqueuse des policiers, lancers de pétards tonitruants et happenings d’art contemporain des plus étranges. Il s’égare encore davantage d’autant qu’il se sent suivi…

Gharbi Aymen brosse des personnages excentriques, un peu nonchalents, mais il évoque surtout une jeunesse désenchantée, amère et en perte de repères. Attendait-elle des conséquences plus heureuses de la révolution de Jasmin ? Un très beau roman.

Thérèse Chiarello

 

Perrine Le Querrec, Rouge Pute, (Éditions La Contre Allée, 2020) – Sélection Monde d’Après 2020

L’auteur a rencontré dans un centre social de nombreuses femmes qui après un temps de mise en confiance ont parlé des violences conjugales qu’elles ont subies.
Avec beaucoup de sincérité et de pudeur, Perrine le Querrec se fait le porte-voix de ces confidences.
A la première personne, ses poèmes sont brefs, percutants et violents comme les coups et les insultes subis.
Ils évoquent la peur, le manque d’aide, l’indifférence, l’envie de fuir, la peur aux ventre.
Ils parlent des enfants aussi…
Et dans cette période de confinement, on ne peut que frémir en songeant à ce qui peut se cacher derrière les murs.

Thérèse Chiarello

Retrouvez ici Les Invisibles, la contribution de Perrine Le Querrec au Monde d’Après de Colères du Présent.

 

Emmanuelle Pireyre, Chimère (Editions de l’Olivier, 2019)

Emmanuelle est écrivain et pour les besoins d’une chronique sur les OGM qui lui est commandée par Libération, elle est amenée à recontrer des personnages haut en couleurs : une biologiste spécialiste de manipulations génétiques, une manouche idéaliste, un panel de citoyens choisis par l’Europe pour réfléchir aux enjeux de la société future. Les Français plancheront sur Temps libre et loisirs. Ils décideront finalement de se vautrer dans des transats, transformant leur sujet d’étude en expérience. Et puis, il y a Alistair, chien-homme, chimère issue des expériences de la biologiste anglaise. Que faire de lui lorsqu’il squatte le canapé et le téléviseur ?

L’auteur écrit un récit avec beaucoup de bifurcations, entremêlant différents éléments fictifs. Elle a l’art de croquer des personnages irrésistibles, de mêler burlesque et suspense mais aussi science, politique et imaginaire faisant de son roman une véritable chimère.

Thérèse Chiarello

 

Pierre Serna, L’extrême centre ou le poison français, 1789-2019 (Édition l’Esprit libre, 2019)

Pierre Serna est historien ; pour lui, l’extrême centre est un mode de gouvernement qui exerce une politique modérée conduite exclusivement par l’exécutif brutal et policier. Les classes laborieuses, les chômeurs, les manifestants sont des menaces. Il parle beaucoup de « girouettisme », d’hommes politiques qui ne rougissent nullement de quitter droite ou gauche pour gagner le centre puisqu’ils agissent dans l’intérêt de la nation. Nous n’y verrions qu’opportunisme et carriérisme.
Ce qui est très intéressant dans cet ouvrage ce sont les allers-retours, passé-présent, que mènent l’auteur débusquant ainsi les formes renouvelées du centrisme. C’est ainsi que de la Révolution française, de Robespierre à Bonaparte puis à E. Macron, il pointe les similitudes d’un système autoritaire qui participe, en neutralisant les oppositions, à l’effondrement de la démocratie.
Bien qu’il soit assez dense, cet essai est très agréable à lire.

Thérèse Chiarello

 

Aurore Lachaux, Compléments du non (Editions Mercure de France, 2019) – Sélection Monde d’Après 2020

La narratrice vient de perdre son père, brillant ingénieur employé dans une société aéronautique. La direction des ressources humaines n’a eu de cesse d’écarter cet homme vieillissant au profit de jeunes cadres ambitieux. A force d’être relégué, ignoré, la santé du père se dégrade. Lorsqu’il décède, sa fille veut rendre l’honneur à son père et c’est avec rage qu’elle dénonce toutes les petites cruautés quotidiennes, l’hypocrisie et la dureté de notre société. Son désir de rendre des comptes laisse exploser sa colère intime.
Dans un ouvrage bref, Aurore Lachaux nous offre un livre puissant au style percutant.

Thérèse Chiarello

Retrouvez ici Le Monde d’Après, la contribution d’Aurore Lachaux au Monde d’Après de Colères du Présent.

Maxime Nicolle et Mariel Primois Bizot, Fly Rider (Éditions au Diable Vauvert, 2019) – Sélection Monde d’Après 2020

Maxime Nicolle est une des figures emblématiques du mouvement des Gilets jaunes. Avec Mariel Primois Bizot, il relate dans son ouvrage, Fly Rider, ce parcours étonnant. Cet essai n’est pas le journal de ce mouvement mais le récit d’un homme convaincu et sincère, qui est une des figures de cette révolte des Gilets jaunes. On y découvre l’homme, ses réussites mais aussi ses galères. Pour sa passion de la moto, il anime un site et laisse quelques commentaires sur l’état de la société. A sa grande surprise, ce site sera suivi par des milliers de personnes. Très vite il devient un repère pour beaucoup de gens mais il est aussi qualifié de complotiste par d’autres. Difficile de trouver les mots justes, qui ne portent pas à polémique lorsque l’on ne sort pas de l’ENA. Après la surprise de cette nouvelle célébrité, il découvre vite ses aléas et les conséquences pour sa vie personnelle.

Thérèse Chiarello

Retrouvez ici la contribution de Maxime Nicolle au Monde d’Après de Colères du Présent

Selahattin Demirtas, Et tournera la roue (Ed. Collas, 2019)

Selahattin Demirtas , Kurde de Turquie, est incarcéré depuis le 4 novembre 2016 à Edirne, il encourt une peine de 183 ans de réclusion parce qu’il croit en la liberté, la démocratie et la paix.
Et tournera la roue est un recueil de nouvelles dans lequel Selahattin nous emmène sur les routes de Turquie à la rencontre de personnages attachants, gens ordinaires mais hauts en couleurs. Drôles et parfois tragiques ces récits nous font voyager dans une Turquie bien différente de celle des stations balnéaires touristiques. Les descriptions des paysages sont d’une incroyable précision et d’une réalité fascinante.
On sourit, on rit mais aussi on frémit au fil des pages. Magnifique.

Didier Chiarello